Les géants de la grande distribution dévalent tout le marché en s’emparant massivement du bio. Avec d’importants chiffres d’affaires et un vaste réseau de grande surface, ils entament un virage qui prend une tournure cruciale aujourd’hui. Auchan a ouvert son premier magasin bio en novembre dernier et Carrefour envisage de créer 2000 magasins bio de proximité dans les 5 prochaines années. Sous l’impulsion de son PDG, Emmanuel Faber, Danone prévoit passer de 4 à 15 % de bio d’ici 2022.

Cette entrée fracassante fait trembler les grandes enseignes historiques de la bio. « On craint bien sûr une baisse de nos ventes, c’est une évidence, le marché va se partager », affirme le président de Biocoop, Claude Gruffat. Pourtant, la coopérative a toujours des reins solides. En développement constant, elle dévoile 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires. C’est toutefois le géant Carrefour qui tient la première place de distribution bio dans l’Hexagone, avec un chiffre d’affaires de 1,23 milliard d’euros. Actuellement, la marque propose un produit bio sur deux.

Des valeurs modifiées par la grande distribution

« Notre rôle est de maintenir une agriculture bio paysanne et de proximité basée sur le commerce équitable. Nous défendons une bio de cohérence, c’est notre valeur ajoutée », continue encore Gruffat. Biocoop, plutôt réticent à une communication combattive, pense à lancer une campagne pour mieux se distinguer de ces mastodontes. Le risque est de voir le développement d’une agriculture bio productiviste et industrialisé.
Même discours pour le fabricant Léa Nature. Son fondateur, Charles Kloboukoff, avoue que les valeurs de la bio sont bouleversées par la grande distribution. « Mais on ne joue pas à armes égales. Les multinationales et groupes agroalimentaires raflent tout le marché, elles ont une grosse force de frappe ».

Un label français plus exigeant

Bon nombre d’acteurs historiques de la bio proposent aujourd’hui un label AB encore plus exigeant pour pouvoir se distinguer. « On veut un label qui ne soit pas seulement un anti-pesticide. On souhaite qu’il prenne en compte les externalités positives sur l’environnement, la santé, le social », acquiesça Léa Nature.
Un label pareil existe déjà chez Biocoop : Biocohérence. Cependant, « S’il ne décolle pas, oui, il faudra remettre sur la table le label AB », juge Gruffat.

Les enseignes historiques de la bio comme Biocoop craignent l’arrivée en masse de Carrefour, Leclerc, Auchan
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